Publiée en 1799, los Caprichos est l’une des séries les plus audacieuses et influentes de Francisco de Goya. Composée de 80 estampes, elle constitue une critique acerbe des vices, des superstitions et des contradictions de la société espagnole de son époque. À travers des scènes satiriques, des figures grotesques et des situations ambiguës, Goya dénonce l’ignorance, l’abus de pouvoir, la corruption morale et l’hypocrisie sociale.
L’artiste combine la gravure à l’eau-forte et aquatinte avec une liberté technique innovante, il utilise de forts contrastes d’ombre et de lumière pour intensifier la dimension symbolique des images. La célèbre estampe Le sommeil de la raison produit des monstres synthétise l’esprit de la série: lorsque la raison s’endort, les fantômes de l’irrationnel surgissent.
Au-delà de la critique immédiate, les Caprichos inaugurent une nouvelle conception de la gravure comme espace de réflexion intellectuelle et d’expression personnelle, annonçant la modernité.
Cette attitude éclairée mena Goya à représenter sa vision de la réalité espagnole par des images critiques qui étaient en même temps généralisables à d’autres contextes vu qu’il s’agissait pour la plupart de défauts universels ; comme le disait dans son annonce le Diario de Madrid, il voulait `mettre en relief parmi la multitude d’extravagances et d’erreurs communes à toute la société civile, et parmi les préoccupations et mensonges vulgaires, autorisés par la coutume, l’ignorance ou le désintérêt, ceux qu’il a considérés comme les plus aptes à fournir une matière au ridicule et exercer en même temps la fantaisie du peintre´.
Goya mélange ce qui est érudit et ce qui est populaire, des références à des pièces de théâtre et littéraires et à des faits divers de l’époque qui eurent une grande répercussion dans la presse, pour faire une critique satirique et moralisatrice des vices et défauts présents au sein de la société espagnole de l’époque. Cette critique s’adressait à la superstition et l’ignorance populaires et aux classes privilégiées (noblesse, clergé régulier), improductives économiquement et socialement. Il signalait également l’incompétence de certains groupes professionnels et politiques, ainsi que les vices et défauts de la société : la prostitution, le mariage de raison, la mauvaise ou inexistante éducation de la plupart des enfants espagnols de l’époque, la violence que ces derniers subissaient habituellement, l’hypocrisie, le manque de commisération, etc. En outre, il s’en prenait à l’Inquisition, institution condamnée par les Lumières et s’occupant de la répression de toute déviation religieuse, morale ou idéologique, ainsi que de la sorcellerie, un thème important dans la série. Les bêtises ne manquent pas, pour critiquer les maîtres et médecins ignorants, les nobles qui exploitent les paysans grâce à leurs rentes et leurs droits seigneuriaux, les mécènes des arts imbus comme Godoy, etc.
Troisième édition (1868), Calcografía Nacional.